IA : des résistances s’organisent un peu partout

L’IA s’impose par la force de quelques multinationales étasuniennes (et aussi chinoises) aux moyens quasi illimités, sans que nous, citoyen·ne·s lambda, aient leur mot à dire. Et il y a largement de quoi être préoccupé·e par ce phénomène massif. Après une période de sidération pendant laquelle nous sommes resté·e·s sans voix et sans réflexion, les résistances s’organisent, avec une grande diversité de réponses.

Le Nouvel Obs (couverture ci-contre) titrait dans son édition du 23 au 29 juillet 2026 : La fronde anti-IAQuand les humains se rebiffent. Le dossier identifie de nombreuses actions militantes, menées par des citoyen·ne·s de tous bords politiques. On y retrouve notamment des Étasuniens républicains conservateurs du Midwest, électeurs et électrices de Donald Trump à l’époque, mais particulièrement fâché·e·s par la tournure des événements et notamment par la construction frénétique de centres de calculs gigantesques sur des terres agricoles voisines. Les conflits d’usages en matière d’eau et d’électricité explosent entre Big Tech et collectivités locales.

L’objection de conscience fait partie des propositions de l’ATECOPOL que nous avons pu lire dans un précédent article. Il s’agit d’une forme de résistance individuelle mais aussi collective bien connue des luttes asymétriques, quand un pouvoir disproportionné impose de manière autoritaire un changement majeur à une population démunie et surtout, dépossédée de ses moyens démocratiques, ne serait-ce que pour préserver sa dignité et provoquer l’amorce d’un débat constructif.

Ce moyen de manifester un refus est probablement l’un des derniers remparts de notre liberté d’expression et de pensée. Nous avons le droit de refuser cette injonction absurde à l’utilisation de l’IA tous azimut.

Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Mais cela n’est peut-être possible que pour certaines et certains privilégié·e·s qui peuvent justement se permettre de refuser un ordre qui vient d’en haut sans affecter gravement leur situation personnelle. C’est l’une des problématiques qui est abordée par l’association Framasoft dans le cadre de son projet d’éducation populaire sur l’IA : Framamia (l’illustration de cet article en est issue). Nous ne sommes pas toutes et tous égaux face à cette liberté de refuser l’IA.

Framasoft, comme à son habitude, commence par décortiquer le phénomène afin d’en comprendre les fonctionnements les plus subtils. C’est un site de référence sur le sujet, particulièrement bien construit et documenté.

Faut-il le rejeter vigoureusement l’IA ? Faut-il mener une lutte sans merci contre ses géniteurs hégémoniques ? Le modèle promu n’est de loin pas soutenable, pille les ressources naturelles, impose une idéologie de manière sournoise, prolétarise les populations (soit les dépossède de leurs savoirs et de leur autonomie) et exploite leurs données personnelles (et notamment intimes) comme jamais.

Mais le coupable principal, c’est le capitalisme prédateur et extractiviste (en données personnelles, en ressources et en énergie). Couplé au numérique, le capitalisme part en vrille dans des progressions exponentielles ahurissantes (voir à ce sujet les capitalisation boursières astronomiques des Big Techs).

Tout projet numérique est par définition écocidaire
Il n’y aura jamais
    – d’IA éthique
    – d’IA responsable
    – d’IA respectant l’environnement
    – d’IA digne de confiance
Framasoft

Après avoir établi les faits, Framasoft se risque à prendre une position nuancée face à ce phénomène. L’association propose notamment différents types de réponses concrètes possibles, l’acceptation béate et massive de l’IA dans nos activités quotidiennes n’en faisant bien sûr pas partie. Nous vous recommandons de visionner la conférence de Pierre-Yves Gosset de Framasoft pour vous faire un avis éclairé sur le sujet.

La coopérative d’informatique noesya publie également une longue tribune passionnante sur le sujet. Les constats factuels de la dissémination forcée de l’IA dans notre société sont relatés avec précision, étayés par de nombreuses références. L’impact délétère sur le marché de l’emploi, et notamment dans l’informatique, se révèle pour le moins préoccupant. Les autres bouleversements provoqués par l’IA sont ensuite détaillés par le menu, comme les effets de la surchauffe du marché des composants informatiques, l’éclatement très probable d’une bulle financière, les dégâts cognitifs dans nos cerveaux, sur l’enseignement ou encore la diffusion d’une idéologie.

Mais l’article ne se limite pas à constater une situation catastrophique. La coopérative refuse donc ce récit toxique et propose en contrepartie l’éthique du soin mutuel. Elle revendique ainsi la posture courageuse de privilégier l’humain dans ses relations, ce qui implique de passer du temps pour comprendre les besoins et concevoir des systèmes singuliers et de qualité. Une posture qui rappelle celle d’itopie, à savoir « remettre l’humain au centre ».

Notre coopérative pour sa part reste fidèle à son Manifeste pour un numérique durable à visage humain, toujours d’actualité. L’IA telle qu’elle est proposée à l’heure actuelle n’est de loin pas souhaitable et porte en elle les germes de la déstabilisation de nos sociétés. Mais nous ne la rejetons pas en bloc et pouvons accepter son usage pour des besoins essentiels et si elle respecte les fameuses 5 lignes rouges que nous avons définies (sobre, libre, sans surveillance, sans autonomie décisionnelle, sans nocivité cognitive et émotionnelle).