Ce titre un brin provocateur est celui d’un article publié en anglais le 5 octobre 2021 sur le site de la FSF, la Free Software Foundation.

Il brosse un portrait fort peu reluisant de la nouvelle mouture du système d’exploitation de Microsoft. En effet, et l’article le souligne, on arrive à déceler les incohérences entre la communication officielle de l’entreprise et la réalité du terrain, en l’occurrence ce que le nouveau Windows 11 impose en réalité à ses utilisateur·trice·s. Il s’agit d’un réel plaidoyer pour les logiciels libres !

Voici une traduction personnelle de l’article*. Vous pouvez consulter la version originale directement sur le site de la FSF.

Le 5 octobre marque la sortie officielle de Windows 11, une nouvelle version du système d’exploitation qui ne fait rien du tout pour contrer la longue histoire de Windows qui prive les utilisateur·trice·s de liberté et d’autonomie numérique. Bien que nous ayons pu être encouragés par les slogans vagues et ambitieux de Microsoft sur la communauté et la convivialité, Windows 11 fait des pas importants dans la mauvaise direction en ce qui concerne la liberté des utilisateur·trice·s.

Microsoft affirme dans sa publicité pour la dernière version de Windows que « la vie est meilleure ensemble », mais en matière de technologie, il n’y a pas de moyen plus sûr de maintenir les utilisateur·trice·s divisés et impuissants que les logiciels non libres. Développer des logiciels non libres est un acte antisocial en soi, car c’est choisir intentionnellement de créer une structure de pouvoir injuste, dans laquelle un développeur maintient sciemment les utilisateur·trice·s dans l’impuissance et la dépendance en retenant des informations. De plus en plus, cela implique non seulement la rétention du code source lui-même, mais aussi des informations de base sur le fonctionnement du logiciel : ce qu’il fait réellement, ce qu’il collecte et la fréquence à laquelle il moucharde les utilisateur·trice·s. « Moucharder » peut sembler dramatique, mais Windows 11 exigera désormais qu’un compte Microsoft soit connecté à chaque compte d’utilisateur·trice, ce qui lui donnera la possibilité de corréler le comportement de l’utilisateur·trice avec son identité personnelle. Même ceux et celles qui pensent n’avoir rien à cacher devraient se méfier de l’idée de partager potentiellement toute leur activité informatique avec une entreprise, et encore plus avec une entreprise ayant des antécédents d’abus comme Microsoft.

Vous avez peut-être entendu dire que des milliers de machines fonctionnant actuellement sous Windows ne seront pas autorisées à passer à Windows 11 en raison d’une incompatibilité matérielle. À première vue, cela ressemble à une simple obsolescence forcée, mais la réalité est bien plus sinistre. Windows 11 exige désormais l’utilisation d’une petite puce dédiée fixée à la carte mère de l’ordinateur, appelée TPM, que la publicité et la presse grand public appellent « Trusted Platform Module ». Ce terme est légèrement trompeur, car lorsqu’il est déployé par une société de logiciels propriétaires, sa relation avec l’utilisateur·trice n’est pas basée sur la confiance, mais sur la trahison. Lorsqu’il est entièrement contrôlé par l’utilisateur·trice, le TPM peut être un moyen utile de renforcer le chiffrement et la confidentialité de l’utilisateur·trice, mais lorsqu’il est entre les mains de Microsoft, nous ne sommes pas optimistes.

Nous nous attendons à ce que Microsoft utilise son contrôle plus strict sur la cryptographie qui se produit dans Windows comme un moyen d’imposer une gestion des restrictions numériques (DRM) plus sévère sur les médias et les applications, et comme un moyen de s’assurer qu’aucune application ne peut fonctionner dans Windows sans l’approbation de Microsoft. Dans de tels cas, il n’est plus approprié d’appeler une machine exécutant Windows un ordinateur « personnel », car elle obéit davantage à Microsoft qu’à son utilisateur·trice. Il est d’ailleurs amèrement ironique que Microsoft appelle le programme qui vérifie la compatibilité d’un système avec Windows 11 « PC Health Check ». Nous répondons qu’un PC sain est un PC qui respecte les souhaits de son utilisateur·trice, qui exécute des logiciels libres et qui ne les restreint pas délibérément par une informatique trompeuse. De plus, il ne doit jamais envoyer les clés de chiffrement de l’utilisateur·trice aux propriétaires de cette entreprise. Les utilisateur·trice·s intrépides trouveront probablement un moyen de contourner cette exigence, mais cela ne change rien au fait que la majorité des utilisateur·trice·s de Windows seront contraints de se plier à un système informatique déloyal.

Microsoft sait que son programme de vidéoconférence « Teams » n’est pas l’application la plus appréciée au monde, puisque même les utilisateur·trice·s de Windows optent généralement pour une alternative plus populaire (bien que profondément problématique) comme Zoom. Aujourd’hui, il semble qu’aucun utilisateur·trice de Windows ne puisse plus l’éviter, puisqu’il s’est vu attribuer une place centrale et irritante dans l’interface utilisateur et qu’il est plus étroitement intégré à la manière dont Windows gère les contacts personnels. De nombreux programmes de vidéoconférence de ce type ont gagné en popularité grâce à la pandémie, mais nous espérons que l’impopularité de Teams et sa nouvelle place non désirée dans Windows encourageront les utilisateur·trice·s à rechercher des programmes de conférence qu’ils peuvent eux-mêmes contrôler.

Parfois, Microsoft se rend compte qu’il ne peut pas être aussi ouvertement antisocial. Nous avons déjà commenté à plusieurs reprises l’hypocrisie qu’il y a à dire que Microsoft « aime l’open source » et « aime Linux », deux façons de mentionner le logiciel libre sans faire référence à la liberté. En même temps, les employés de Microsoft apportent des contributions aux logiciels libres, contributions qui profitent à beaucoup d’autres. Pourtant, ils n’étendent pas cette philosophie à leur système d’exploitation et, au cours des dernières années, ils ont tenté de porter atteinte à la façon dont les logiciels libres rendent la « vie meilleure ensemble » en faisant en sorte que des fonctions essentielles de Microsoft GitHub reposent sur du JavaScript non libre et en orientant les utilisateur·trice·s vers des plates-formes SaaSS (Service as a Software Substitute). En s’attaquant à la liberté des utilisateur·trice·s par le biais de Windows, et à la communauté du logiciel libre directement par le biais de JavaScript non libre, Microsoft prouve qu’elle n’a pas l’intention de relâcher son emprise sur les utilisateur·trice·s.

Aucun programme qu’il vous est interdit de copier, de modifier ou de partager ne peut véritablement rapprocher les gens comme le prétend Microsoft. Heureusement, et juste derrière la fenêtre, il existe une véritable communauté d’utilisateur·trice·s que vous et vos proches pouvez rejoindre :

Ce que vous pouvez faire

– Signez (ou renouvelez !) votre promesse de ne pas utiliser Windows et aidez un ami à installer GNU/Linux, en envoyant à Microsoft le message fort que les logiciels qui soumettent leurs utilisateur·trice·s n’ont pas leur place dans Windows.

– Vous pouvez choisir de remplacer Windows par un système d’exploitation composé de logiciels libres, comme Trisquel ou d’autres distributions du système d’exploitation GNU/Linux.

– Si vous ne vous sentez pas prêt à faire le grand saut et à changer complètement de système, vous pouvez utiliser nos ressources comme le Répertoire des logiciels libres pour trouver des programmes que vous pouvez utiliser comme points de départ pour votre voyage vers les logiciels libres.

– Si vous avez des difficultés à passer aux logiciels libres, ou si vous avez des conseils pour aider les autres à faire de même, nous espérons que vous prendrez le temps de nous faire part de vos commentaires sur la version publique de notre campagne sur l’échelle de la liberté.

Nous espérons que vous saisirez l’occasion d’opérer vous-même un changement majeur, en choisissant d’utiliser et de défendre des logiciels qui favorisent la communauté et la coopération plutôt que la restriction. Cessons de tomber dans le piège de la chasse aux améliorations superficielles et à court terme des logiciels propriétaires, qui peuvent sembler améliorer la vie, et optons plutôt pour les logiciels libres, les seuls qui peuvent supporter les meilleures versions de nous-mêmes.

* Avec l’aide ponctuelle du traducteur en ligne Deepl et du dictionnaire en ligne Wordreference (hélas non-libres).