L’émission Forum sur la RTS organisait le vendredi 17 septembre 2021 un débat questionnant l’impact du numérique sur l’environnement. C’est l’un des thèmes de prédilection d’itopie, qui milite depuis de nombreuses années pour une sobriété numérique assumée, afin de concilier un numérique aux potentialités infinies et des enjeux environnementaux existentiels, sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

Un certain Guillaume Pitron était invité à débattre dans le cadre de cette émission. Ce n’est pas un inconnu du sujet, bien au contraire. Il a par le passé sorti un livre intitulé « La guerre des métaux rares, la face cachée de la transition énergétique et numérique » et remet le couvert actuellement avec un nouveau livre au titre évocateur: « L’enfer numérique, voyage au bout d’un like » , sortis aux éditions « Les liens qui libèrent ».

Le secteur du numérique a organisé son invisibilisation (Guillaume Pitron)

Le débat vaut la peine d’y prêter une oreille attentive. Si nous pouvons regretter une certaine timidité dans l’urgence d’adopter une sobriété numérique (les arguments éclairés de Guillaume Pitron étant contrebalancés par l’immuable solutionnisme technologique) , nous nous réjouissons de voir ce sujet quelque peu tabou faire son entrée dans les médias à une heure de forte audience.

 

Il faut insister sur le fait que le numérique ne pose pas un problème accessoire vis-à-vis de l’environnement. Le numérique n’est d’une part pas renouvelable et d’autre part très mal recyclé, ce qui en fait une industrie qui ne peut tenir à moyen et long termes. De plus, son incroyable croissance exponentielle, inédite dans l’histoire industrielle, reste vénérée comme un progrès de premier ordre alors qu’elle devrait provoquer une certaine inquiétude, si ce n’est carrément de l’angoisse (1).

Face à l’enjeu environnemental, de l’urgence climatique à la raréfaction des ressources naturelles en passant par la chute de la biodiversité, le numérique est une menace majeure. Certes, s’il est utilisé de manière raisonnable, le numérique peut rendre des services essentiels dans ces luttes. Mais nous devons arrêter de penser que la technologie va forcément résoudre tous nos problèmes et que la numérisation de la société est inévitable.

La voie à suivre n’est de loin pas facile, mais elle est à notre portée. Il s’agit d’une part de développer un numérique beaucoup moins gourmand, basé sur des besoins prioritaires et non sur des désirs et des loisirs. Le numérique est bien trop précieux pour cela. D’autre part, il faut développer un low tech durable, réparable et à très forte longévité. Finalement, il faut avoir la sagesse de renoncer à numériser la plupart des domaines pour lesquels les plus-values sont moins grandes que les impacts sociaux et environnementaux engendrés.

(1) : on peut faire référence ici au fameux discours de Greta Thunberg à Davos et sa phrase : « I want you to panic ». [vidéo].