La crise actuelle appelle à de nombreux commentaires qui portent sur des préoccupations bien plus larges, comme les atteintes à l’environnement, la croissance « perpétuelle » ou encore l’urgence climatique.

Le jeudi 21 mai dernier, la RTS invitait Jean-Marc Jancovici dans sa matinale. Son discours n’est certes pas des plus enthousiaste. Les préoccupations très concrètes qu’il décrits sont essentiellement basées sur des recherches scientifiques sérieuses et pas de l’idéologie. Son but n’est ni de faire peur, ni de faire plaisir; il dit les choses clairement et propose des solutions, même si elles impliquent des changements drastiques et douloureux dans nos sociétés et en particulier dans notre modèle économique.

« Nous n’aurons pas une économie indéfiniment croissante simplement parce que nous en avons envie ». Jean-Marc Jancovici.

Même si le message n’est ni agréable ni facile à entendre, nous vous en recommandons l’écoute attentive et la nécessaire réflexion qu’il va forcément impliquer.

 

« Non, ce n’est pas du tout un postulat idéologique, c’est une limite physique. L’énergie, c’est la nourriture des machines et ce qui a fait la croissance, c’est l’augmentation du parc de machines au travail par personne ». Jean-Marc Jancovici.

La crise du covid-19 va très probablement entraîner une contraction de l’économie et donc une réduction de la consommation, de l’énergie et des émissions de gaz à effet de serre. Il se trouve que cette baisse correspondrait plus ou moins à ce qu’il faudrait mettre en œuvre de manière intentionnelle (et non subie), chaque année pour limiter le désastre climatique à venir !

The Shift Project

Jean-Marc Jancovici préside le Shift Project, un think tank qui œuvre en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone. Un de ses volets aborde bien sûr la problématique du numérique et de sa croissance démesurée.

Ne pas confondre « transition numérique » et « sobriété numérique »

Une des conclusions de l’étude du Shift Project sur le numérique balaie la fausse solution de la transition numérique – c’est-à-dire la numérisation à marche forcée de notre société pour nous permettre de justement gérer les problèmes tel que l’urgence climatique – et propose la sobriété numérique, seule solution crédible aux défis auxquels nous allons avoir à faire face. Extraits :

Le numérique étant reconnu comme un levier de développement économique et social, la transition numérique apparaît comme incontournable pour l’ensemble des pays et des entreprises, tandis que les objets et interfaces numériques irriguent peu à peu tous les aspects de la vie sociale. La transition numérique est aussi considérée comme un moyen de réduire la consommation d’énergie dans un grand nombre de secteurs, à tel point que l’on considère de plus en plus qu’il ne sera pas possible de maîtriser le changement climatique sans un recours massif au numérique.

Pourtant, les impacts environnementaux directs et indirects (effets rebond) liés aux usages croissants du numérique sont systématiquement sous-estimés, du fait de la miniaturisation des équipements et de « l’invisibilité » des infrastructures utilisées. Le risque est réel de voir se réaliser un scénario dans lequel des investissements de plus en plus massifs dans le numérique aboutiraient en fait à une augmentation nette de l’empreinte environnementale des secteurs numérisés – ce qui, en pratique, se constate déjà depuis plus d’une décennie.

itopie milite pour la sobriété numérique à travers une transition numérique éthique et durable. Il ne s’agit pas de se passer totalement de numérique, bien sûr, mais d’adopter des comportements compatibles avec les limites physique de notre biosphère. Rien que cela.

Nous rêvons d’ordinateurs qui ne s’usent pas et qui ne sont pas sujets à l’obsolescence programmée, qu’elle soit logicielle ou matérielle, et qu’on pourrait réparer indéfiniment. On ne nous force pas à changer nos tournevis tous les trois ou quatre ans, sous prétexte qu’ils ne seraient plus compatibles avec de nouvelles vis révolutionnaires (à part peut-être Apple qui invente toutes sortes de vis « propriétaires » pour rendre la réparation de ses appareils encore plus compliquée).

Notre industrie sait techniquement fabriquer de tels objets. Ce constat est donc en soi une bonne nouvelle. Il reste à changer notre modèle économique qui force nos industriels à produire intentionnellement des ordinateurs conçus pour tomber en panne ou pour perdre leur utilité après seulement quelques années… Tout cela pour nourrir la croissance économique.

Rappel des 7R pour Réfléchir