La crise sanitaire nous affecte toutes et tous, bien plus que nous aurions pu l’imaginer. De plus, elle monopolise notre attention. Pourtant, ce détestable virus ne fait qu’ajouter un défi de plus à la pile, qui se révèle de plus en plus haute et chancelante. Un grain de sable particulièrement retord, qui est venu se loger dans les rouages trop huilés de notre économie productiviste et prédatrice, ralentissant très modestement son allure folle et, mécaniquement, ses émissions de gaz à effet de serre (entre 5 et 7% de baisse).

On dit que le ralentissement provoqué par le coronavirus en 2020 représenterait plus ou moins l’effort qu’il faudrait déployer chaque année de manière volontaire pour contenir notre climat sous la barre des 1.5 degrés (au mieux). Autant dire que nous sommes loin du compte. Voir à ce sujet l’article que nous avions publié en juin 2020, avec un entretien de Jean-Marc Jancovici.

En ce début d’année 2021, les Artisans de la transition enfoncent le clou et sortent leur 65ème numéro de l’excellente RevueDurable, intitulée « L’urgence climatique est plus que jamais totale ! » . Ce dossier passionnant est nécessaire pour nous aider à garder le cap et à redoubler d’efforts.

La lutte pour la défense du climat est l’un des chevaux de bataille des Artisans de la transition. Depuis le numéro 63, le numérique revient sur le devant de la scène, avec le capitalisme de surveillance, véritable épée de Damoclès suspendue au-dessus de la transition écologique.

A ce sujet, la RD commence par l’interview de Thomas Perrot, enseignant-chercheur en sciences sociales du numérique à la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture (Hepia) de Genève : « Les pouvoirs publics doivent promouvoir un numérique qui respecte les usagers » .

Thomas n’est clairement pas un inconnu pour itopie. Cela fait plusieurs années que nous échangeons sur ces questions complexes et notre position s’est affirmée aussi grâce à lui !

Un exemple avec l’E-ID

Le peuple suisse sera amené à voter le 7 mars prochain pour ou contre la loi sur l’identité numérique. Le débat autour de ce référendum démontre d’une part que le sujet est particulièrement complexe et d’autre part, que le capitalisme de surveillance n’est jamais très loin. Le 4 février dernier, l’émission Forum de la RTS proposait un débat pour aider la population à se forger une opinion.

La loi prévoit la mise en place d’une identité numérique nationale, orientée par la Confédération, mais techniquement réalisée et délivrée par un consortium d’entreprises privées helvétiques comprenant des opérateurs de téléphonie, la Poste, des banques et des assurances. Il est cependant possible que le système soit pris en charge par des cantons qui désapprouvent l’action du privé dans ce secteur stratégique. Voici l’intégralité du débat:

 

La position du canton de Vaud, opposé à la loi, est selon nous particulièrement pertinente. Les arguments de sa porte-parole Nuria Gorrite le démontrent bien dans un extrait ci-dessous :

 

On pourrait également regretter que la question de base de se doter ou non d’une identité numérique a été balayée d’un revers de main.

Personne n’est opposé à l’identification électronique en soi; le sujet qui fâche, on l’a bien compris, c’est à qui la confier, au seul secteur public ou également au privé ?

On considère ainsi qu’il n’est pas nécessaire de débattre sur un changement de fond, mais uniquement sur la façon de le faire. C’est aussi une forme de diversion. Dans cette société de plus en plus numérisée, où le progrès ne se décline que par de nouvelles technologies innovantes, questionner la nécessité de numériser un secteur est politiquement incorrecte.

En partant du principe qu’il nous faut une identité numérique, itopie ne voit qu’une solution.

  • Elle doit être intégralement gérée par l’État, et auditable par les citoyens.
  • Elle doit évidemment être libre, pour justement permettre la transparence.

Ce deuxième point n’a par ailleurs pas été abordé dans le cadre de ce débat, ce qui est fort dommage. En effet, c’est une garantie indispensable pour nous éviter des dérives démocraticides.