Nous l’avions annoncé sur notre site dans un précédent message : une délégation de l’ESS genevoise s’est rendue en Arménie pour promouvoir l’économie sociale et solidaire et faire part des expériences helvétiques. Des informations plus anecdotiques ont été postées sur notre compte Diaspora* pendant le séjour.

La délégation suisse était composée des personnes suivantes : Sandrine Meyer-Chanson (Comptabilis), Christophe Dunand (Réalise), Samuel Chenal (itopie), Emmanuel Julien (BIT), Frédéric Lapeyre (BIT), Blaise Matthey (Fédération des Entreprises Romandes). Astrig Marandjian (fondation Miassine, qui veut dire « Ensemble » en arménien), notre guide et initiatrice de ce voyage est arménienne vivant en Suisse.

Délégation suisse de l’ESS avec de droite à gauche, Sandrine Meyer-Chanson (Comptabilis), Christophe Dunand (Réalise) et Samuel Chenal (itopie).

Nous avons été impliqués dans plusieurs activités d’échange dont voici un bref résumé.

Conférences dans les locaux de l’ONU à Erevan

Lors de ces deux jours de rencontres, nous avons pu présenter à une délégation d’entrepreneurs et acteurs locaux, le fonctionnement et l’esprit de l’ESS à Genève, à travers les exemples de Comptabilis, Réalise et itopie. Le deuxième jour, nous avons participé à des tables rondes sur différents sujets, comme :

  • la promotion des relations commerciales entre l’Arménie et la Suisse;
  • l’informatique et le développement durable dans les entreprises sociales;
  • le financement des entreprises sociales;
  • la transition entre économie informelle et économie formelle grâce à l’entrepreneuriat social.

L’histoire de l’Arménie est parsemée d’événements tragiques (comme le génocide ou encore le tremblement de terre de 1988), et marquée par les années soviétiques. La société arménienne est ainsi composée essentiellement d’entreprises de petite taille voire individuelles, et de fondations, ONG et autres associations de soutien à des causes humanitaires ou de développement, principalement financées par la diaspora arménienne.

Nous avons ainsi constaté qu’il n’était pas facile d’expliquer le modèle de l’ESS, c’est-à-dire un modèle social et solidaire mais permettant de financer une activité économique sans faire appel à des soutiens et autres donations externes.

Voici la présentation Sozi en anglais qui a soutenu la conférence pour itopie :

Cliquez sur l’image pour dérouler la présentation

Il n’en demeure pas moins que les retours des arméniens ont été très positifs. La délégation suisse a également été enrichie par la qualité de ces échanges.

Visite d’une école à Erevan

La délégation s’est séparée ensuite pour visiter différentes organisations et entreprises locales. Je suis allé visiter une école à Erevan proposant des ateliers d’informatique et de robotique aux élèves.

Toutes les activités liées aux imprimantes 3D ou à la CNC sont bien sûr basées sur du libre. Ils ont eux-même construit leur propre imprimante 3D et la machine CNC est fabriquée en Arménie. Le développement de sites web se base également sur du libre, notamment au niveau des langages utilisés (PHP, HTML, CSS, JQuery, Javascript…).

En revanche, les autres activités informatiques sont basées sur des outils plutôt « mainstream », comme Windows ou la suite d’Adobe. Ils ont en effet des accords avec ces grandes entreprises pour accéder à ces produits à des prix ridiculement bas, ce qui bien sûr habitue les élèves à ces outils de manière fort peu éthique.

Cette constatation a également été faite pendant la conférence : les entrepreneurs intéressés par la démarche ESS sont très peu sensibilisés aux opportunités de développement amenés par le libre et restent fortement dépendants des GAFAM. C’est d’autant plus surprenant que le libre apporte justement de nombreux avantages comparatifs pour des pays défavorisés ayant une culture minoritaire (indépendance, accès aux outils, liberté, tissus économique local, adaptation aux besoins locaux). Les GAFAM ont une empreinte globale très forte sur la culture informatique de sorte que les populations locales ne se posent même pas la question qu’une alternative est non-seulement possible, mais largement meilleure pour eux.

Visite de deux boulangeries sociales

La fondation Miassine a notamment développé deux projets de boulangeries sociales, l’une sans magasin dans les environs d’Erevan et l’autre avec un magasin, dans la ville de Gyumri. Le but de ces boulangeries est de faire travailler des personnes qui n’auraient pas cette opportunité ailleurs avec une approche sociale et solidaire, en donnant du pain à des orphelinats par exemple et en vendant des produits de boulangerie à des entreprises, le but étant que l’activité s’autofinance.

La boulangerie sociale de Gyumri devrait ouvrir prochainement :

Visite d’un centre d’accueil et de soutien

Nous avons également eu l’opportunité de visite un centre d’accueil et de soutien à des jeunes et adolescents à Gyumri, dans une perspective d’intégration dans le monde professionnel (très difficile en Arménie, avec peu de travail).

Emmanuel Julien du BIT a organisé un échange avec les jeunes pour les questionner sur leurs envies professionnelles et leur approche du monde du travail et en leur donnant des conseils.

Il en ressort que ces jeunes ont en tous cas des idées assez claires de ce qu’ils souhaitent faire comme profession. Ils ont beaucoup apprécié cet échange.

Pour itopie, le séjour a duré 7 jours, très denses et enrichissants. Nous avons pu découvrir une culture passionnante et généreuse et c’est une chance pour nous. Et si nous avons pu d’une façon ou d’une autre donner quelques pistes pour aider les arméniens dans leur développement, c’est doublement réussi. Je tiens ici à remercier Astrig Marandjian de la fondation Miassine pour nous avoir donné cette opportunité.