A l’occasion de la sortie du Fairphone 3, la RTS a fait un saut chez itopie pour réaliser un sujet diffusé au TJ du vendredi 6 septembre 2019. Notre collègue Cisco démontre dans la vidéo qu’un démontage de Fairphone est non-seulement rapide, mais aussi à la portée de toutes et tous. On y croise également notre ami et partenaire Antonin Calderon de la Chambre de l’Économie Sociale et Solidaire de Genève (Après-GE).

Le présentateur Darius Rochebin note très justement que le Fairphone est un échec relatif. Le volume des ventes reste confidentiel comparé aux milliards de smartphones vendus par ailleurs par les quelques autres grandes marques formant, comme le dit Antonin Calderon dans la séquence, un oligopole fort peu sensible à l’environnement, aux conditions sociales de leurs ouvriers et plus globalement à la durabilité. Fairphone occupe clairement une position de niche dans ce marché.

On peut également ajouter que le premier lot de fabrication du Fairphone 2 s’est révélé décevant en matière de fiabilité technique. Les pannes et autres dysfonctionnements constatés ont été en moyenne plus nombreux que pour un téléphone concurrent de la même gamme. La plupart des problèmes ont d’ailleurs été corrigés à partir du second lot de fabrication.

Il est facile de blâmer l’entreprise pour ces problèmes qui ont clairement porté préjudice à l’image de la marque. Il ne faut cependant pas oublier que d’une part, ce concept modulaire était à l’époque totalement inédit d’un point de vue industriel et que d’autre part, des marques concurrentes très puissantes ont également eu des modèles décevants ou pire, défaillants (comme le Samsung Galaxy Note 7).

Dans cette jungle technologique, il est difficile de s’y retrouver. Quel téléphone éthique choisir ? Faut-il se ruer sur le Fairphone 3 pour vivre en accord avec ses principes ? Cette question est en fait délicate et ne comporte pas de réponse toute faite.

Pour y voir plus clair, il faut identifier les problèmes. Nous pouvons les classer dans trois groupes :

1. Les impacts environnementaux de la fabrication d’un téléphone

Quels que soient les téléphones, ces impacts sont de toute manière très élevés. Même si le Fairphone 3 est de loin le moins nocif en comparaison aux autres téléphones, il contient des ressources non-renouvelables à l’échelle humaine, a nécessité de grandes quantité d’eau et d’énergie pour sa fabrication et a engendré des pollutions.

De plus, Fairphone garantit 5 ans de disponibilité des pièces détachées pour la réparation de sa troisième version, ce qui est encore une fois très bien comparé à la concurrence. Mais cela signifie également qu’au-delà de ces 5 ans, le téléphone « éthique et durable » entre en fin de cycle de vie et sera « recyclé » (dans le meilleure des cas) ou jeté (dans le pire des cas). Le recyclage n’étant de loin pas complet (on ne récupère qu’une partie des composants à chaque cycle), on peut se questionner sur la durabilité relative du Fairphone.

2. Les impacts sociaux de la fabrication d’un téléphone

L’exploitation des ressources naturelles est souvent liée à l’exploitation des ressources humaines. Le marché des TIC a souvent été pointé du doigt pour ses pratiques inhumaines, que ce soit en Afrique ou en Asie. Là encore, Fairphone fait mieux que les autres et l’entreprise communique de manière transparente sur ses pratiques et également sur les difficultés à les mettre en œuvre (ce qui est tout à son honneur).

3. Le téléphone, l'un des piliers du capitalisme de surveillance

En matière de collecte de données, que ce soit pour les téléphones Android ou IOS, ils représentent l’une des sources principales et un outil de contrôle de l’attention particulièrement pernicieux. Ce sujet est largement traité dans le no 63 de la Revue Durable.

Le Fairphone 2 proposait pour son OS une option standard avec le compte Google et une version alternative sans (Fairphone OpenOS). La procédure pour se dégoogliser était tout à fait accessible comparé à la concurrence. Le plus difficile était de se débrouiller sans la libraire Play et les applications traditionnelles de Google, mais de nombreuses alternatives existent. C’est le prix à payer pour réduire considérablement la surveillance et la captation de données personnelles et comportementales.

Pour le Fairphone 3, il n’est pas fait mention d’une option alternative sans la surveillance de Google, ce qui est décevant. Sur le forum, on discute d’une version OpenOS, mais sans garantie. Il est cependant très probable qu’une solution soit disponible sur LineageOS pour le Fairphone 3, mais nous aurions pu nous attendre à une volonté officielle de l’entreprise.

Compte tenu de ces trois problèmes, nous pouvons avancer dans un choix.

  • Si vous avez toujours une téléphone qui fonctionne, il ne faut pas en changer. Si ce téléphone peut être libéré avec une version sans Google, il faut faire le pas pour éviter les dérives liées aux pratiques de surveillance.
  • Si vous devez changer de téléphone parce que le précédent ne fonctionne plus, vous avez le choix entre :
    • acheter un téléphone revalorisé d’une marque classique, en choisissant soigneusement un modèle compatible avec un système sans Google;
    • acheter un Fairphone 3 neuf, ce qui constitue, comme le dit Antonin Caldéron dans la séquence vidéo, un acte militant, notamment pour favoriser la réparation et des pratiques industrielles plus éthiques. Idéalement, il faut remplacer le système Android de base par une version sans Google.

itopie peut vous accompagner dans ces choix et notamment dans le processus de changement système.